L’affaire Jimmy
Kimmel marque un tournant inquiétant dans l’évolution politique des États-Unis
depuis la réélection de Donald Trump. Ce qui semblait relever de la satire ou
du commentaire humoristique est désormais traité comme une menace à
neutraliser. La suspension de l’émission Jimmy Kimmel Live! par le réseau ABC,
à la suite de propos tenus par l’animateur sur l’assassinat de Charlie Kirk,
soulève une question cruciale : assiste-t-on à une régression autoritaire de la
liberté d’expression, orchestrée depuis les plus hautes sphères du pouvoir?
Qui est
Jimmy Kimmel?
Jimmy Kimmel
est l’animateur d’un late-night show diffusé depuis 2003 sur ABC. Héritier des
émissions de Johnny Carson et Jay Leno, son programme mêle humour, interviews
et commentaires sur l’actualité. Autrefois apolitiques, ces émissions ont
évolué vers une forme de satire plus engagée. Kimmel, souvent critique envers
l’administration Trump, est devenu une figure médiatique clivante. Le
commentaire qui a tout déclenché
Lors d’une
émission récente, Kimmel a déclaré :
« Nous avons
atteint de nouveaux sommets ce week-end, la bande de MAGA tentant désespérément
de présenter la personne qui a assassiné Charlie Kirk comme quelqu’un d’autre
que l’un des leurs. Et ils font tout ce qu’ils peuvent pour en tirer des
avantages politiques. »
Cette
déclaration, bien que maladroite, ne justifiait pas en soi la suppression
immédiate de l’émission. Pourtant, ABC a suspendu Jimmy Kimmel Live! sans
préavis. Le président Trump s’est félicité de cette décision, affirmant que
Kimmel avait été écarté non pour ses propos, mais pour son « manque de talent
». Il a ensuite évoqué la possibilité de retirer la licence des réseaux jugés
trop critiques envers lui.
Une dérive
autoritaire?
Ce geste
s’inscrit dans une série d’actions préoccupantes :
• Menaces contre les médias critiques,
comme le New York Times et le Wall Street Journal, poursuivis pour des montants
astronomiques
• Réduction drastique des subventions aux
universités promouvant la diversité
• Pressions sur les diffuseurs pour qu’ils
censurent les voix dissidentes
Ces mesures,
selon plusieurs observateurs, visent à affaiblir les contre-pouvoirs essentiels
à toute démocratie. L’ancien président Barack Obama a dénoncé « une menace
directe à la liberté d’expression » et a appelé les entreprises médiatiques à ne
pas céder à la pression politique.
La liberté
d’expression à l’épreuve : contre-pouvoirs, mémoire historique et conscience
citoyenne
Alors que les
États-Unis se targuent d’être le bastion de la liberté d’expression, une
inquiétude grandissante traverse les cercles intellectuels et démocratiques :
les mécanismes de contre-pouvoir sont-ils encore suffisamment robustes pour
freiner les dérives autoritaires?
Contre-pouvoirs
: remparts fragilisés
Les
contre-pouvoirs sont les piliers invisibles mais essentiels d’une démocratie
vivante. Ils empêchent la concentration excessive du pouvoir et garantissent un
équilibre entre les forces politiques, économiques et sociales. Parmi eux :
• Les médias : garants de la transparence,
ils sont aujourd’hui ciblés par des campagnes de dénigrement, des menaces de
retrait de licences et des pressions économiques. Des émissions critiques ont
été suspendues, et des journalistes intimidés ou discrédités.
• Les universités et chercheurs :
autrefois sanctuaires du débat, ils subissent des coupes budgétaires et des
attaques idéologiques. Certains chercheurs sont accusés de « radicalisme » pour
avoir simplement documenté des faits dérangeants.
La justice : bien qu’elle résiste
encore, sa politisation inquiète. Le remplacement de hauts responsables par des
personnalités loyales au pouvoir exécutif compromet la neutralité des
institutions.
• Les réseaux sociaux : devenus arènes de
censure ou de manipulation, ils sont soumis à des pressions pour modérer
certains contenus, parfois au détriment du pluralisme.
Ces fragilités
ne sont pas anecdotiques. Elles dessinent les contours d’un « autoritarisme
compétitif », où les élections subsistent mais les règles du jeu sont biaisées.
Parallèles
historiques : comprendre sans accuser
L’histoire
n’est pas un tribunal, mais un miroir. Elle nous aide à reconnaître les
dynamiques de pouvoir qui se répètent sous des formes nouvelles.
• Jules César a contourné le Sénat pour
s’imposer comme dictateur à vie.
• Napoléon Bonaparte a utilisé le
plébiscite et le contrôle de la presse pour légitimer son empire.
• Adolf Hitler a exploité les peurs
économiques et identitaires, manipulé les médias et désigné des ennemis
intérieurs pour asseoir son pouvoir.
Ces figures ont
en commun :
• La personnalisation du pouvoir, où
l’homme devient le système.
• Le culte du chef, charismatique et
infaillible.
• La désignation d’un ennemi, souvent
intérieur (minorités, intellectuels) ou extérieur (immigration, élites).
• Le contrôle de l’information, par la
propagande ou la censure.
Ces techniques
ne sont pas l’apanage du passé. Elles réapparaissent dans des contextes
démocratiques affaiblis, souvent sous des formes plus subtiles.
Responsabilité
citoyenne : la démocratie ne s’auto-entretient pas
Face à ces
dérives, le citoyen n’est pas un spectateur. Il est acteur, garant du pacte
démocratique.
• S’informer : au-delà des algorithmes,
lire des sources variées, écouter des voix dissonantes.
• Débattre : dans le respect, même avec
ceux qui pensent autrement.
• Voter : non par réflexe tribal, mais par
choix éclairé.
• Préserver l’esprit critique : par
l’éducation civique, le dialogue intergénérationnel, la curiosité
intellectuelle.
• Agir sans haine : refuser les discours
de division, défendre la liberté d’expression même pour ceux avec qui l’on est
en désaccord.
La
démocratie n’est pas un acquis. Elle est une pratique, une vigilance, une
responsabilité partagée.
PS Les funérailles de Charlie
Kirk. Un moment chargé de tristesse et de gravité. Charlie Kirk, 31 ans, a été
abattu le 10 septembre dernier alors qu’il participait à un débat universitaire
dans l’Utah. Une figure montante du camp conservateur, brutalement fauchée.
Cela dit, n’eût été
l’intervention de Donald Trump dans la gestion de cet événement tragique,
Charlie Kirk serait-il resté l’anonyme qu’il était encore, pour une grande
partie des Américains, la veille de son assassinat ?
Charlie Kirk disait ce qu’il
pensait. Cela ne justifie en rien qu’il ait été tué. Il aurait dû se sentir en
sécurité, chez lui, aux États-Unis — ce pays qui se targue d’être le bastion de
la liberté d’expression.
Mise
à jour le 23-09-2025 :
Aux dernières nouvelles Jimmy Kimmel sera de retour à la barre de son émission,
Jimmy Kimmel Live, dès ce soir. Ce retour fait suite à une mobilisation
massive en faveur de la liberté d’expression. Plus de 430 personnalités
d’Hollywood et de Broadway ont signé une lettre ouverte avec l’ACLU pour
dénoncer ce qu’ils considèrent comme une atteinte grave aux droits
constitutionnels. La chaîne a déclaré avoir eu des discussions « réfléchies »
avec Kimmel avant de décider de reprendre l’émission.