dimanche 19 juillet 2026

Les feux de forêt et les menaces de Trump d’imposer d’autres droits de douane au Canada

 

Les feux de forêt, pour ceux qui ne le savent pas — et il y en a — peuvent se déclarer n’importe où. Il suffit que trois conditions soient réunies dans le temps et dans l’espace :

  1. un combustible doit être présent, comme du bois ou de l’huile ;
  2. l’air doit fournir suffisamment d’oxygène pour permettre la combustion ;
  3. une source d’énergie, comme une chaleur ou des étincelles, doit initier la combustion.

Or, le Nord canadien, avec ses forêts immenses, augmente d’autant plus les risques que ces conditions soient réunies. En date du 19 juillet, on dénombrait 957 feux actifs au Canada et près de 3 000 000 d’hectares de forêts brûlées.

Les feux de forêt font partie des catastrophes naturelles au même titre que les tremblements de terre, les inondations ou les ouragans. Pour autant, menace-t-on de droits de douane les pays aux prises avec de telles catastrophes ? Non. Par bonheur, la communauté internationale se mobilise généralement pour leur venir en aide.

Pourtant, à Washington…

Le président Donald Trump a menacé, vendredi 17 juillet, d’augmenter les droits de douane contre le Canada en raison de la fumée provenant des incendies de forêt en Ontario qui recouvre certaines régions des États-Unis. Plusieurs élus républicains ont amplifié ces critiques, accusant le Canada de « mauvaise gestion » et de « négligence ».

Trump a déclaré :

« Le Canada doit payer pour cette fumée. S’ils ne contrôlent pas leurs feux, nous allons ajouter des tarifs. » (Source : déclarations publiques rapportées par plusieurs médias américains.)

Il a même ajouté :

« Nous ne pouvons pas laisser un pays étranger polluer notre air. » (Source : conférence de presse à Washington.)

Une mémoire sélective

Le président Trump semble avoir oublié les incendies majeurs qui ont ravagé les États-Unis en 2023 — au Montana, en Oregon et en Californie. À l’époque, plusieurs États américains avaient demandé de l’aide internationale. Le Canada avait répondu présent.

Le Canada a envoyé :

·        des pompiers forestiers spécialisés ;

·        des experts en gestion de feux majeurs ;

·        et des avions-citernes, selon les besoins locaux.

Plus récemment, à l’été 2024, des pompiers canadiens ont été déployés dans :

·        l’État de Washington ;

l’Oregon ;

·        l’Idaho ; pour soutenir les équipes américaines lors d’une série de feux extrêmes alimentés par une sécheresse prolongée.

Cette aide s’inscrivait dans l’Accord de coopération Canada–États-Unis sur la gestion des feux de forêt, en vigueur depuis 1982.

Une aide américaine devenue incertaine

Depuis son retour au pouvoir, Trump n’a pas « coupé » les budgets des agences d’aide aux sinistrés comme la FEMA. En revanche, selon une analyse de l’Associated Press, il a ralenti ou refusé davantage de demandes d’aide fédérale en cas de catastrophe, souvent dans des États qui ne lui sont pas politiquement favorables.

Partant de là on peut présumer que l’aide américaine n’est plus garantie, ni rapide, ni neutre.

En terminant, à propos des nouveaux tarifs douaniers que Donald Trump menace d’ajouter au Canada, il faut rappeler une réalité économique que le président américain connaît — ou devrait connaître. Dans une guerre tarifaire, tout le monde y perd. Le Canada, bien sûr, voit ses exportations devenir moins compétitives et risque de perdre des clients américains pour qui les produits canadiens deviennent soudainement trop coûteux.

Mais les États-Unis ne s’en sortent pas mieux. Un tarif douanier n’est pas payé par le
pays exportateur : il est payé par les consommateurs américains.
Autrement dit, lorsqu’un produit canadien est indispensable — bois d’œuvre, aluminium, énergie, produits agricoles — ce sont les familles et les entreprises américaines qui absorbent la hausse de prix.

L’offensive tarifaire que Trump brandit comme une punition contre le Canada finit donc par frapper directement son propre marché intérieur. Elle renchérit les matériaux, ralentit les chantiers, augmente les coûts de production et affaiblit les entreprises américaines qui dépendent des chaînes d’approvisionnement nord-américaines intégrées depuis des décennies.

En somme, présenter les tarifs comme une réponse à la fumée des feux de forêt relève moins de la stratégie économique que du réflexe politique. Et dans ce jeu-là, il n’y a pas de gagnants : ni le Canada, ni les États-Unis.