Merci à Donald Trump et à ses tarifs douaniers. Ils nous ont forcés à ouvrir les yeux sur une réalité méconnue mais incontestable : les États-Unis dépendent du Canada pour assurer leur sécurité alimentaire. Et ça, même Trump ne peut le changer.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, plaçons les choses dans leur
contexte.
Le premier ministre Mark Carney, lors de sa visite au port de Vancouver
le dimanche 2 août, a déclaré :
« Nous avons toujours dit que nous appliquerons des tarifs là où ils
auront un impact maximal aux États-Unis et un impact minimal au Canada. Alors
nous n'ajustons pas automatiquement. »
À la lumière de cette déclaration, deux mesures s’imposent :
1️⃣ Supprimer
les contre-tarifs sur les produits américains importés
Cette stratégie punitive se retourne contre nous. Elle ne fait
qu’augmenter le prix des marchandises pour les Canadiens, sans réellement
affecter les États-Unis. Il est temps de cesser de nous tirer une balle dans le
pied.
2️⃣ Taxer les
exportations canadiennes vitales pour les États-Unis
Voici les secteurs clés où le Canada peut exercer une pression
stratégique :
|
Secteur clé |
Valeur exportée (2024) |
Importance pour les États-Unis |
Impact en cas de restriction |
|
Énergie (pétrole, gaz) |
129,56 G$ CAD |
1er fournisseur d’énergie |
Hausse des prix, dépendance au Moyen-Orient |
|
Automobiles et pièces |
52,87 G$ CAD |
Chaînes d’approvisionnement intégrées |
Paralysie industrielle, pertes d’emplois |
|
Machinerie industrielle |
32,32 G$ CAD |
Essentielle à la production manufacturière |
Ralentissement, inflation |
|
Bois et produits forestiers |
11,67 G$ CAD |
Construction, ameublement, papier |
Hausse des coûts de construction |
|
Aluminium |
11,61 G$ CAD |
Aéronautique, automobile, emballage |
Pénurie de matériaux, ralentissement |
|
Produits pharmaceutiques |
8,67 G$ CAD |
Médicaments et vaccins |
Risque sanitaire, hausse des coûts |
|
Potasse (engrais) |
6,3 G$ CAD |
Agriculture (maïs, soja) |
Baisse des rendements, inflation alimentaire |
|
Produits alimentaires |
~20 G$ CAD |
Fruits, légumes, viandes, céréales |
Pénurie, inflation |
|
Électricité |
Variable |
Québec alimente le Nord-Est américain |
Risques de pannes, hausse des tarifs |
|
Cuivre et métaux rares |
En croissance |
Électronique, batteries, défense |
Dépendance à la Chine, ralentissement tech |
🧪 Zoom sur
la potasse : un levier stratégique
Peu de gens savent que les États-Unis dépendent massivement du Canada
pour leur approvisionnement en potasse, un engrais essentiel à leur
agriculture.
Le Canada est :
- Le
plus grand producteur mondial (21,9 M tonnes en 2023)
- Le
plus grand exportateur mondial (22,8 M tonnes)
- Le
détenteur des plus grandes réserves mondiales (1,1 milliard de tonnes)
La Saskatchewan est le cœur de cette industrie, abritant les principaux
sites miniers.
📊 Données
clés sur les exportations canadiennes de potasse
- En
2023, le Canada a exporté 22,8 M tonnes de potasse
- 46 %
sont allées aux États-Unis (≈10,5 M tonnes)
- Les
autres destinations :
- Brésil
: 19 %
- Chine
: 8 %
- Autres
pays : 27 %
Dépendance américaine
- Les
États-Unis importent 93 % de leur potasse
- Le
Canada fournit entre 79 % et 90 % de ces importations
- Autres
fournisseurs : Russie (11 %), Biélorussie (4 %), Israël (3 %)
La potasse est indispensable pour :
- Augmenter
les rendements agricoles
- Renforcer
la résistance des plantes
- Améliorer
la rétention d’eau
💰 Parlons
argent : ce que vaut la potasse canadienne pour les États-Unis
- Prix
moyen en 2023 : ≈600 $ CAD/tonne
- 10,5 M
tonnes × 600 $ CAD = ≈6,3 milliards $ CAD
👉 Si le
Canada imposait un tarif de 50 %, il récupérerait ≈3,15 milliards $ CAD.
Un juste retour des choses face aux droits de douane de 50 % imposés par Trump
sur l’acier et l’aluminium canadiens.
⚖️ Vers une
riposte équilibrée
Une fois la potasse taxée, le Canada pourrait appliquer une démarche
similaire aux autres exportations vitales. Pas nécessairement à 50 %, mais avec
une logique de réciprocité. Si Trump fait preuve de clémence sur certains
produits, le Canada saura répondre avec la même mesure.
Un peuple souverain et fier
Payer des droits de douane comme on paierait
une taxe de protection... Le commerce mondial ressemble de plus en plus à une
zone de non-droit. Quand la diplomatie se fait à coups de surtaxes, qui peut
encore parler de partenariat ? Le Canada ne se laissera pas dicter sa politique
commerciale par un homme dont l’objectif semble être de semer le chaos
économique. Selon un récent sondage de la firme Angus Reid, deux tiers des
Canadiens appellent à une ligne dure dans les négociations avec Trump.
Il est temps d’agir avec fermeté, stratégie et dignité.
Mise
à jour : 27 août 2025
Le 22 août
dernier, Mark Carney a annoncé le retrait des contre-tarifs sur les produits
américains couverts par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), à compter
du 1er septembre. Une décision judicieuse, qui offrira un peu de répit aux PME
canadiennes.
Cette mesure
visait à amadouer Donald Trump :
• Pour qu’il
réduise les tarifs de 35 % sur les importations de produits canadiens non
couverts par l’ACEUM
• Et pour
faciliter la renégociation de l’Accord, qui arrive à échéance en 2026
Cela dit, je
doute que cette stratégie suffise à attendrir Donald Trump — tout comme
l’abandon de la taxe numérique de 3 % destinée aux géants du Web n’a rien
donné.
Le seul langage
que Donald Trump semble comprendre, c’est celui de la force. C’est pourquoi en
plus de retirer les contre-tarifs, il aurait fallu imposer des taxes sur les
exportations canadiennes vitales pour les États-Unis.
Quoi qu’il en soit, tout accord négocié avec Donald Trump n’est jamais garanti, ainsi qu'on peut le voir dans l'article qui suit : L'UE face à une nouvelle menace tarifaire de Donald Trump
« L'alliance
fragile entre l'Union européenne et les États-Unis a pris un nouveau tournant
après que Donald Trump a menacé, contre toute attente, d'imposer des
"droits de douane supplémentaires substantiels" aux pays qui mettent
en œuvre une législation ciblant les entreprises technologiques américaines,
"à moins que ces actions discriminatoires ne soient supprimées".
Selon l’histoire :
Dans une guerre — car des mesures tarifaires injustifiées imposées à ses
partenaires commerciaux s’apparentent bel et bien à une forme de guerre
économique — celui qui en prend l’initiative ne peut s’attendre qu’à des
représailles. C’est la logique implacable des rapports de force.
À
lire aussi : les
rédacteurs du Wall Street Journal avertissent que le Parti républicain pourrait
« regretter » son incapacité à résister aux « excès » de Trump 16-09-2025
Le
17-10-2025 Jean Charest répond aux questions
sur la guerre commerciale
Jean Charest,
29e premier ministre du Québec et associé chez Therrien Couture Joli-Coeur.
Ce qu’il
dit dans ses réponses sur la guerre commerciale avec les États-Unis,
ressemblent beaucoup à ce que je disais dans mon article du 9 août 2025 : Opinion-Infochao: La riposte canadienne
face à l’augmentation des tarifs douaniers américains à 35 % du 1er août 2025
Tout d’abord il
remercie Donald Trump. Pour nous forcer à faire trois choses : revoir
notre économie, notre fédéralisme (le faire fonctionner efficacement) et
troisièmement, revoir notre position dans le monde.
Supprimer les
contre-tarifs sur les produits américains importés. Il n’y avait que le Canada
et la Chine qui imposait des contres tarifs. La différence, c’est que la Chine
pouvait le faire comme super puissance, pas le Canada.
Ce qui est
important pour le Canada c’est de préserver et protéger le libre échange qui
existe déjà et qui protège 85 à 95 % des produits, la marchandise qui est
exportée aux États-Unis.
Dans le domaine
de l’acier, c’est la Chine qui cause le plus de dommage en déstabilisant les
marchés et en les inondant d’un produit à faible coût. Par contre le Canada est
le principal fournisseur d’acier aux États-Unis. Et ceux qui souffrent le plus,
c’est vrai pour la l’aluminium, des tarifs de M. Trump c’est l’industrie
automobile américaine qui perd des dizaines de milliards de dollars.
Les atouts
stratégiques du Canada.
L’énergie:
Pétrole, Gaz ou on peut facilement déstabiliser le marché américain. Pour le
pétrole, il faut savoir que depuis 30 ans on le vend à rabais aux Américains,
alors qu’il est l’une de nos principales sources de revenus de nos importations.
Les minéraux
stratégiques, nous en avons, incluant au Québec pis dans le Nord-du-Québec :
des terres rares et d’autres lithiums, graphite, cuivre nickel, etc.
Nous avons la
potasse. On est le principal, presque le seul fournisseur de potasse qui est un
fertilisant pour le secteur agricole. Et nous avons de l’uranium et
autres.
Comme
représailles aux tarifs douaniers, le Canada pourrait taxer les exportations
canadiennes vitales pour les États-Unis. Je suis content de voir qu’un ex premier
ministre de trois mandants et moi partageons cette idée.
Tout comme moi
il pense qu’une politique d’achat canadien c’est de bon augure et plein de bon
sens », son gouvernement avait fait « Aliments Québec ». Mais
sur l’achat des aliments dit-il, le facteur encore déterminant aujourd’hui,
c’est le prix. Je dirais même que de nos jours, le prix est encore plus
important, à cause de l’inflation incontrôlée.
