samedi 9 août 2025

La riposte canadienne face à l’augmentation des tarifs douaniers américains à 35 % du 1er août 2025

Merci à Donald Trump et à ses tarifs douaniers. Ils nous ont forcés à ouvrir les yeux sur une réalité méconnue mais incontestable : les États-Unis dépendent du Canada pour assurer leur sécurité alimentaire. Et ça, même Trump ne peut le changer.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, plaçons les choses dans leur contexte.

Le premier ministre Mark Carney, lors de sa visite au port de Vancouver le dimanche 2 août, a déclaré :

« Nous avons toujours dit que nous appliquerons des tarifs là où ils auront un impact maximal aux États-Unis et un impact minimal au Canada. Alors nous n'ajustons pas automatiquement. »

À la lumière de cette déclaration, deux mesures s’imposent :

1️ Supprimer les contre-tarifs sur les produits américains importés

Cette stratégie punitive se retourne contre nous. Elle ne fait qu’augmenter le prix des marchandises pour les Canadiens, sans réellement affecter les États-Unis. Il est temps de cesser de nous tirer une balle dans le pied.

2️ Taxer les exportations canadiennes vitales pour les États-Unis

Voici les secteurs clés où le Canada peut exercer une pression stratégique :

Secteur clé

Valeur exportée (2024)

Importance pour les États-Unis

Impact en cas de restriction

Énergie (pétrole, gaz)

129,56 G$ CAD

1er fournisseur d’énergie

Hausse des prix, dépendance au Moyen-Orient

Automobiles et pièces

52,87 G$ CAD

Chaînes d’approvisionnement intégrées

Paralysie industrielle, pertes d’emplois

Machinerie industrielle

32,32 G$ CAD

Essentielle à la production manufacturière

Ralentissement, inflation

Bois et produits forestiers

11,67 G$ CAD

Construction, ameublement, papier

Hausse des coûts de construction

Aluminium

11,61 G$ CAD

Aéronautique, automobile, emballage

Pénurie de matériaux, ralentissement

Produits pharmaceutiques

8,67 G$ CAD

Médicaments et vaccins

Risque sanitaire, hausse des coûts

Potasse (engrais)

6,3 G$ CAD

Agriculture (maïs, soja)

Baisse des rendements, inflation alimentaire

Produits alimentaires

~20 G$ CAD

Fruits, légumes, viandes, céréales

Pénurie, inflation

Électricité

Variable

Québec alimente le Nord-Est américain

Risques de pannes, hausse des tarifs

Cuivre et métaux rares

En croissance

Électronique, batteries, défense

Dépendance à la Chine, ralentissement tech

🧪 Zoom sur la potasse : un levier stratégique

Peu de gens savent que les États-Unis dépendent massivement du Canada pour leur approvisionnement en potasse, un engrais essentiel à leur agriculture.

Le Canada est :

  • Le plus grand producteur mondial (21,9 M tonnes en 2023)
  • Le plus grand exportateur mondial (22,8 M tonnes)
  • Le détenteur des plus grandes réserves mondiales (1,1 milliard de tonnes)

La Saskatchewan est le cœur de cette industrie, abritant les principaux sites miniers.

📊 Données clés sur les exportations canadiennes de potasse

  • En 2023, le Canada a exporté 22,8 M tonnes de potasse
  • 46 % sont allées aux États-Unis (≈10,5 M tonnes)
  • Les autres destinations :
    • Brésil : 19 %
    • Chine : 8 %
    • Autres pays : 27 %

Dépendance américaine

  • Les États-Unis importent 93 % de leur potasse
  • Le Canada fournit entre 79 % et 90 % de ces importations
  • Autres fournisseurs : Russie (11 %), Biélorussie (4 %), Israël (3 %)

La potasse est indispensable pour :

  • Augmenter les rendements agricoles
  • Renforcer la résistance des plantes
  • Améliorer la rétention d’eau

💰 Parlons argent : ce que vaut la potasse canadienne pour les États-Unis

  • Prix moyen en 2023 : ≈600 $ CAD/tonne
  • 10,5 M tonnes × 600 $ CAD = ≈6,3 milliards $ CAD

👉 Si le Canada imposait un tarif de 50 %, il récupérerait ≈3,15 milliards $ CAD. Un juste retour des choses face aux droits de douane de 50 % imposés par Trump sur l’acier et l’aluminium canadiens.

⚖️ Vers une riposte équilibrée

Une fois la potasse taxée, le Canada pourrait appliquer une démarche similaire aux autres exportations vitales. Pas nécessairement à 50 %, mais avec une logique de réciprocité. Si Trump fait preuve de clémence sur certains produits, le Canada saura répondre avec la même mesure.

Un peuple souverain et fier

Payer des droits de douane comme on paierait une taxe de protection... Le commerce mondial ressemble de plus en plus à une zone de non-droit. Quand la diplomatie se fait à coups de surtaxes, qui peut encore parler de partenariat ? Le Canada ne se laissera pas dicter sa politique commerciale par un homme dont l’objectif semble être de semer le chaos économique. Selon un récent sondage de la firme Angus Reid, deux tiers des Canadiens appellent à une ligne dure dans les négociations avec Trump.

Il est temps d’agir avec fermeté, stratégie et dignité.

Mise à jour : 27 août 2025

Le 22 août dernier, Mark Carney a annoncé le retrait des contre-tarifs sur les produits américains couverts par l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), à compter du 1er septembre. Une décision judicieuse, qui offrira un peu de répit aux PME canadiennes.

Cette mesure visait à amadouer Donald Trump :

• Pour qu’il réduise les tarifs de 35 % sur les importations de produits canadiens non couverts par l’ACEUM

• Et pour faciliter la renégociation de l’Accord, qui arrive à échéance en 2026

Cela dit, je doute que cette stratégie suffise à attendrir Donald Trump — tout comme l’abandon de la taxe numérique de 3 % destinée aux géants du Web n’a rien donné.

Le seul langage que Donald Trump semble comprendre, c’est celui de la force. C’est pourquoi en plus de retirer les contre-tarifs, il aurait fallu imposer des taxes sur les exportations canadiennes vitales pour les États-Unis.

Quoi qu’il en soit, tout accord négocié avec Donald Trump n’est jamais garanti, ainsi qu'on peut le voir dans l'article qui suit : L'UE face à une nouvelle menace tarifaire de Donald Trump

« L'alliance fragile entre l'Union européenne et les États-Unis a pris un nouveau tournant après que Donald Trump a menacé, contre toute attente, d'imposer des "droits de douane supplémentaires substantiels" aux pays qui mettent en œuvre une législation ciblant les entreprises technologiques américaines, "à moins que ces actions discriminatoires ne soient supprimées". 

Selon l’histoire : Dans une guerre — car des mesures tarifaires injustifiées imposées à ses partenaires commerciaux s’apparentent bel et bien à une forme de guerre économique — celui qui en prend l’initiative ne peut s’attendre qu’à des représailles. C’est la logique implacable des rapports de force.

À lire aussi : les rédacteurs du Wall Street Journal avertissent que le Parti républicain pourrait « regretter » son incapacité à résister aux « excès » de Trump 16-09-2025

Le 17-10-2025 Jean Charest répond aux questions sur la guerre commerciale

Former premier Jean Charest files lawsuit against Quebec government ... Jean Charest, 29e premier ministre du Québec et associé chez Therrien Couture Joli-Coeur.

Ce qu’il dit dans ses réponses sur la guerre commerciale avec les États-Unis, ressemblent beaucoup à ce que je disais dans mon article du 9 août 2025 : Opinion-Infochao: La riposte canadienne face à l’augmentation des tarifs douaniers américains à 35 % du 1er août 2025

Tout d’abord il remercie Donald Trump. Pour nous forcer à faire trois choses : revoir notre économie, notre fédéralisme (le faire fonctionner efficacement) et troisièmement, revoir notre position dans le monde.

Supprimer les contre-tarifs sur les produits américains importés. Il n’y avait que le Canada et la Chine qui imposait des contres tarifs. La différence, c’est que la Chine pouvait le faire comme super puissance, pas le Canada.

Ce qui est important pour le Canada c’est de préserver et protéger le libre échange qui existe déjà et qui protège 85 à 95 % des produits, la marchandise qui est exportée aux États-Unis.

Dans le domaine de l’acier, c’est la Chine qui cause le plus de dommage en déstabilisant les marchés et en les inondant d’un produit à faible coût. Par contre le Canada est le principal fournisseur d’acier aux États-Unis. Et ceux qui souffrent le plus, c’est vrai pour la l’aluminium, des tarifs de M. Trump c’est l’industrie automobile américaine qui perd des dizaines de milliards de dollars.  

Les atouts stratégiques du Canada.

L’énergie: Pétrole, Gaz ou on peut facilement déstabiliser le marché américain. Pour le pétrole, il faut savoir que depuis 30 ans on le vend à rabais aux Américains, alors qu’il est l’une de nos principales sources de revenus de nos importations.

Les minéraux stratégiques, nous en avons, incluant au Québec pis dans le Nord-du-Québec : des terres rares et d’autres lithiums, graphite, cuivre nickel, etc.

Nous avons la potasse. On est le principal, presque le seul fournisseur de potasse qui est un fertilisant pour le secteur agricole. Et nous avons de l’uranium et autres. 

Comme représailles aux tarifs douaniers, le Canada pourrait taxer les exportations canadiennes vitales pour les États-Unis. Je suis content de voir qu’un ex premier ministre de trois mandants et moi partageons cette idée.

Tout comme moi il pense qu’une politique d’achat canadien c’est de bon augure et plein de bon sens », son gouvernement avait fait « Aliments Québec ». Mais sur l’achat des aliments dit-il, le facteur encore déterminant aujourd’hui, c’est le prix. Je dirais même que de nos jours, le prix est encore plus important, à cause de l’inflation incontrôlée.